Le Système National d'Intégrité(SNI).
Etude de pays
Cameroun 2007
Quest-ce que le Système national dintégrité?
Le Système national dintégrité (SNI) comprend les institutions fondamentales, les secteurs dactivités spécifiques (les piliers) qui contribuent à lintégrité, la transparence et lobligation redditionnelle dans la société. Lorsquil fonctionne correctement, le SNI contribue à la lutte contre la corruption comme part dun combat plus large contre labus du pouvoir, les délits de commission et de concussion sous toutes ses formes. Le renforcement du SNI concerne la promotion de la bonne gouvernance dans tous les aspects de la société.
Le concept de SNI a été élaboré et promu par « Transparency International » comme faisant partie de lapproche holistique de lutte contre la corruption. Sil nexiste pas de plan directeur pour un système efficace de prévention de la corruption, il existe par contre un consensus international toujours croissant relatif aux caractéristiques apparentes qui marchent le mieux pour prévenir la corruption et promouvoir lintégrité. Les études pays sont basées sur une évaluation de la qualité des institutions concernées par tout le système anti-corruption.
Résumé
Au Cameroun, pays multiethnique et multiculturel, la corruption connaît ses lettres de noblesse. Elle puise ses racines dans lhistoire de ses peuples et de leurs cultures. Elle sest amplifiée avec linstitution dun système politique patrimonial. Ce constat de limportance de la corruption et de ses méfaits, la présente étude-pays le partage avec les travaux antérieurs notamment ceux du GERDES Cameroun et de lorganisation non gouvernementale (ONG) Transparency International (TI) qui a ainsi classé le Cameroun durant deux années consécutives (1998 et 1999) au dernier rang des pays les plus corrompus au monde. Cette perception est largement répandue au Cameroun; la lutte contre la corruption revêt les atours dun défi insurmontable tant est prégnante lidée que la corruption est structurellement et durablement installée.
Sous la pression de la communauté internationale, le gouvernement du Cameroun a inscrit la lutte contre la corruption sur son agenda politique. Les initiatives gouvernementales se sont dabord manifestées sous la bannière de la bonne gouvernance par linstitution dun Programme national de gouvernance (PNG). La gouvernance corrobore une exigence de responsabilité. Aujourdhui, la corrélation entre ces deux exigences semble mal assurée au Cameroun. Le paradoxe réside dans le fait que cest au niveau de ladministration centrale que la corruption est la plus répandue alors que cest elle qui doit mettre en uvre la bonne gouvernance.
Ensuite, les mesures spécifiques adoptées et notamment linstitution des organes spécialisés de lutte contre la corruption nont pas produit les effets escomptés. Huit ans après le dernier classement de Transparency International, la corruption est toujours aussi bien installée.
A travers une revue des moyens et des instruments mis en uvre pour lutter contre la corruption dans les différents «piliers dintégrité», létude de pays conclut à limpact très limité pour des raisons liées à la faiblesse de limplication de la société civile, à linertie politique et à la résistance de ladministration publique.
Ladministration publique a tendance à se considérer comme un coupable désigné dans le procès des ravages de la corruption. La corruption est plus répandue dans les secteurs de ladministration - notamment les douanes, les services des impôts, la police et la gendarmerie ainsi que le système judiciaire, selon les conclusions de "lEnquête 2006 auprès des entreprises sur la corruption au Cameroun" réalisée par le Centre de recherche et détudes en économie et sondage (CRETES), alors quelle doit par définition participer directement à lamélioration de la croissance. Une réforme globale est nécessaire, ou tout au moins, un renforcement du système camerounais de lutte anti-corruption.
Une insistance particulière doit être accordée aux mécanismes répressifs. En particulier, le parlement doit simpliquer davantage et sinvestir de son droit légitime pour être au coeur de toute politique nationale de lutte contre la corruption, parce que dans une République, cest le peuple qui exerce la plénitude de la souveraineté. De même, les rapports entre les divers organes de lutte contre la corruption doivent être plus coopératifs. Dailleurs, il ne faut pas sinterdire denvisager une approche plus unificatrice comme gage defficacité en matière de lutte contre la corruption.
Au plan local, les Collectivités territoriales décentralisées (CTD) doivent internaliser les mesures de lutte contre la corruption. Les citoyens ne doivent pas rester à la marge de ce combat. Limplication citoyenne doit commencer au sein de la cellule familiale et à lécole pour sétendre à la structure nationale.
De plus, il faut une ferme volonté daction politique. La nation toute entière a vocation à sapproprier les conclusions de cette étude de pays qui est un document dinformation à usage préventif et curatif de la corruption au Cameroun.
Létude a enfin vocation à être lun des déclencheurs pertinents des actions concertées en faveur de la rétrogradation du Cameroun dans le classement de TI. La réalisation de lindice de perceptions de la corruption le plus bas est de lordre du possible pour peu quil y ait une combinaison positive entre ambition et volonté politique manifeste au Cameroun.
Au final, ces mesures ne sauraient faire uvre salutaire sans lengagement des Camerounais à bâtir un avenir différent à leurs enfants ainsi quà leurs petits-enfants car la corruption est incompatible avec le développement durable.